Bénin / « Questions pour Un Agronome », une initiative qui veut révolutionner la pédagogie universitaire en Afrique

Le jeu-concours « Questions pour un Agronome » (QpUA) s’impose progressivement comme une initiative pédagogique innovante dans le paysage universitaire béninois. Porté par l’engagement de deux étudiants agronomes passionnés, Marcos-Faurès FATON et Samuel HOUNVO, ce dispositif combine culture scientifique, esprit de compétition et valorisation de l’excellence académique. Après plusieurs éditions organisées au Bénin et l’implication de plusieurs universités, le projet nourrit désormais des ambitions régionales et internationales. Dans cet entretien, Marcos-Faurès FATON revient sur la naissance du projet, les enseignements tirés de l’expérience béninoise et les perspectives de développement de QpUA.

Comment est née l’idée de créer « Questions pour un Agronome » et quels en étaient les objectifs initiaux ?

L’idée de créer « Questions pour un Agronome » est née en 2022, à la suite d’un constat assez simple que nous avions fait avec Samuel HOUNVO à l’Université Nationale d’Agriculture du Bénin. Avec le système LMD, les étudiants ont tendance à se spécialiser très tôt dans un domaine précis de l’agronomie. Cette spécialisation précoce peut parfois limiter leur culture scientifique générale ainsi que leur compréhension globale des grands enjeux agricoles.

Nous avons donc voulu créer un cadre innovant, ludique et motivant permettant aux étudiants d’élargir leurs connaissances au-delà de leur spécialité. Les objectifs étaient notamment de renforcer la culture agronomique générale des étudiants, promouvoir l’excellence académique, stimuler la curiosité intellectuelle et valoriser les talents universitaires à travers un format à la fois pédagogique et attractif.

Nous voulions également montrer que l’apprentissage peut sortir du cadre classique des cours magistraux pour devenir plus interactif, compétitif et engageant.

Pouvez-vous revenir sur le déroulement de l’expérience menée au Bénin ?

L’expérience a débuté à l’échelle locale, au sein de l’Université Nationale d’Agriculture du Bénin, à travers de petites compétitions internes organisées entre étudiants. À la suite du succès rencontré lors des deux premières éditions, et à la demande du Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique, nous avons progressivement élargi l’initiative aux deux autres universités du pays dispensant des formations en agronomie, à savoir l’Université d’Abomey-Calavi et l’Université de Parakou.

Le jeu-concours est structuré en plusieurs étapes successives. Le passage d’une organisation locale à une dimension nationale ne s’est pas révélé particulièrement complexe, car nous avons conservé la même architecture de compétition tout en l’adaptant progressivement à une plus grande échelle. Les différentes épreuves sont restées globalement inchangées, mais nous avons continuellement amélioré le niveau et la qualité des questions ainsi que des réponses attendues.

Lors de la première édition, afin d’aider les étudiants à mieux se préparer et de garantir la fiabilité scientifique des réponses, nous avions organisé des communications animées par des enseignants de l’université. Les questions utilisées pendant les épreuves étaient alors directement inspirées de ces séances académiques. À partir de la deuxième édition, nous avons fait évoluer cette approche en laissant davantage d’autonomie aux participants dans leur préparation, avec une totale liberté quant aux ressources et méthodes d’apprentissage utilisées.

Par ailleurs, l’un des principaux défis de cette initiative a toujours été le financement de l’événement. De manière générale, les projets et activités à caractère éducatif bénéficient de ressources limitées, ce qui a rendu la mobilisation des financements particulièrement difficile. La recherche de partenaires et de soutiens financiers a donc constitué un enjeu majeur tout au long de cette aventure. À cet effet, nous adressons nos sincères remerciements à l’Université Nationale d’Agriculture ainsi qu’à l’ensemble des partenaires qui ont accompagné l’événement au cours de ses quatre premières éditions.

Au fil des années, le projet a pris une ampleur bien plus importante que celle que nous imaginions au départ. Aujourd’hui, il mobilise des centaines d’étudiants et suscite un réel engouement au sein des universités, témoignant ainsi de l’intérêt des jeunes pour l’agronomie, l’excellence académique et l’esprit de compétition scientifique.

Quels retours avez-vous reçus de la part des étudiants participants ?

Les retours ont été très positifs. Beaucoup d’étudiants nous ont expliqué que le concours les avait poussés à approfondir leurs connaissances, à s’intéresser davantage à l’actualité agricole et à développer une culture scientifique plus large.

Certains participants nous ont également confié que QpUA leur avait permis de gagner en confiance, d’améliorer leur capacité de prise de parole en public et de mieux gérer le stress dans un environnement compétitif.

L’aspect interuniversitaire a aussi été très apprécié, car il favorise les échanges entre étudiants venant de différentes institutions et crée une dynamique de réseautage autour des sciences agronomiques.

Nous avons également constaté que plusieurs étudiants continuaient à suivre le projet même après leur participation, ce qui montre l’impact durable de l’initiative.

Comment les universités et/ou les partenaires ont-ils accueilli cette initiative ?

L’accueil a été globalement très encourageant. Dès les premières éditions, les responsables de l’Université Nationale d’Agriculture et les associations étudiantes ont compris le potentiel pédagogique du projet et nous ont accompagnés dans sa mise en œuvre. Avec l’extension nationale, d’autres universités ont adhéré à l’initiative et ont accepté de collaborer. Cela a renforcé la crédibilité du projet.

Les partenaires et sponsors dont le Réseau International FAR a également vu dans QpUA une initiative innovante capable de faciliter la diffusion de connaissances, promouvoir l’excellence académique, la jeunesse et l’agriculture. Plusieurs structures ont soutenu le projet à travers des appuis financiers.

Le fait que le projet soit structuré, documenté et orienté vers l’impact a beaucoup facilité ces collaborations.

Quelle réalisation ou quel moment vous rend particulièrement fier dans ce projet ?

Il y a plusieurs moments marquants, mais je pense que la grande finale nationale de la quatrième édition restera un souvenir particulièrement fort. Voir des étudiants issus de différentes universités du Bénin s’affronter dans une ambiance aussi dynamique et professionnelle était très émouvant.

Le face-à-face final, qui s’est joué jusqu’au score de 11 à 11 avant le point décisif, a créé une atmosphère exceptionnelle. À ce moment-là, nous avons réellement compris que le projet dépassait le simple cadre d’un concours étudiant.

Je suis également très fier du fait que nous ayons réussi à gagner la confiance du Réseau FAR, en tant qu’organisation internationale partenaire du projet, et à produire un guide méthodologique complet permettant à d’autres universités de reproduire l’initiative. Pour nous, il s’agit d’une étape importante vers la pérennisation et l’extension du projet.

Quels défis avez-vous rencontrés et quels aspects mériteraient d’être améliorés ?

Comme toute initiative innovante, nous avons rencontré plusieurs défis. Le principal reste la mobilisation des ressources financières. Organiser une compétition de cette ampleur nécessite du matériel, des déplacements, une bonne communication et une coordination importante entre les universités.

Nous avons aussi dû faire face à certaines contraintes techniques, notamment lors des sélections en ligne, avec des problèmes liés à la saturation du système que nous utilisions en mode gratuit.

L’harmonisation des calendriers universitaires représente également un défi important lorsqu’il faut organiser des activités impliquant plusieurs établissements.

Pour les prochaines éditions, nous souhaitons renforcer davantage la structuration technique du projet, améliorer les outils numériques utilisés, développer des partenariats plus durables et professionnaliser encore davantage l’organisation générale.

Quelles sont vos ambitions pour les prochaines éditions, notamment en matière de développement à plus grande échelle ?

Nos ambitions sont aujourd’hui très claires : nous souhaitons faire de QpUA un véritable outil pédagogique innovant, capable d’être reproduit dans d’autres universités africaines et, à terme, au-delà du continent.

À court terme, nous travaillons sur la standardisation du modèle à travers l’élaboration de guides méthodologiques, d’outils d’organisation et de mécanismes de coordination. L’objectif est de permettre à d’autres institutions universitaires de s’approprier facilement le concept et de l’adapter à leur contexte.

À moyen terme, nous envisageons une extension régionale en Afrique de l’Ouest, avec la participation d’universités issues de plusieurs pays de la sous-région. Nous réfléchissons également à la mise en place de collaborations pilotes avec certaines universités européennes, notamment en France et en Belgique, afin de favoriser les échanges académiques et le partage d’expériences.

À long terme, notre ambition est que cet outil devienne une véritable référence dans les universités, au point d’être reconnu comme une activité extra-académique fortement recommandée par les établissements eux-mêmes. Nous souhaitons que QpUA contribue durablement à renforcer la culture de l’excellence, de la recherche et de la vulgarisation scientifique chez les étudiants.

Nous espérons également voir le concept être adapté à d’autres domaines académiques. Par exemple : Questions pour Un Médecin, Questions pour Un Ingénieur, Questions pour Un Juriste, etc. L’idée est de créer une dynamique de compétition intellectuelle et de valorisation des connaissances dans plusieurs disciplines universitaires.

FATON Marcos-Faurès
Agroéconomiste, Co-initiateur du jeu-concours QpUA
marcos.faures@gmail.com
Bénin

Guide méthodologique de mise en œuvre d’un outil pédagogique innovant : Questions pour un agronome (QpUA)

Le jeu-concours « Questions pour Un Agronome »
(QpUA) est un outil pédagogique innovant inspiré des jeux de culture générale. Il peut être facilement adapté et mis en œuvre dans divers contextes éducatifs tels que les universités, écoles, lycées et facultés. À travers une approche ludique et interactive, il permet aux apprenants de renforcer leurs connaissances, de combler leurs lacunes et de développer leur culture scientifique dans un environnement stimulant et motivant.

Par ailleurs, ce dispositif est réplicable dans d’autres domaines d’études au-delà de l’agronomie, notamment en médecine (« Questions pour Un Médecin »), en
ingénierie (« Questions pour Un Ingénieur »), ou dans toute autre discipline académique, en adaptant les contenus aux spécificités du domaine concerné.