REUSE : des échanges internationaux qui nourrissent les pratiques de formation au Sénégal

En novembre 2025, une formation organisée en Tunisie par le réseau COSTEA a réuni des acteurs de huit pays autour de la réutilisation des eaux usées traitées (REUSE). Au-delà des apprentissages techniques, cette expérience s’est distinguée par la richesse des discussions entre participants, qui continuent aujourd’hui d’alimenter les pratiques pédagogiques et les réflexions au Sénégal, notamment en lien avec le réseau FARSEN. Sidane Ndiaye, enseignant-formateur à l’ISEP de Richard-Toll, et ancien diplômé du master MIFAR a participé à cette session de formation grâce à la facilitation du Réseau FAR, il revient sur cette expérience.

Des discussions au cœur de l’apprentissage

La formation a rassemblé environ une vingtaine de participants venus d’Égypte, Jordanie, Maroc, Mauritanie, Palestine, Sénégal, Tchad et Tunisie. Très vite, les échanges entre participants ont pris une place centrale dans la dynamique de la formation.

Au fil de la session, chacun a pu partager son expérience, ses contraintes et les réalités de son pays. Les discussions ont notamment porté sur les enjeux de gouvernance de la REUSE, les défis liés à l’acceptabilité sociale, ou encore les conditions de mise en œuvre sur le terrain.

Cette diversité de points de vue a permis de dépasser les approches théoriques pour construire une compréhension plus globale et réaliste des enjeux liés à la réutilisation des eaux usées traitées.

Une confrontation des réalités pour co-construire des solutions

Les discussions ont fait émerger un constat partagé : la REUSE ne peut être envisagée uniquement sous un angle technique. Elle implique également des dimensions sociales, institutionnelles et sanitaires, qui varient fortement selon les contextes.

Les cadres institutionnels ont apporté une lecture stratégique des politiques publiques, tandis que les porteurs de projets ont partagé leurs contraintes opérationnelles. De leur côté, les formateurs ont interrogé les modalités de transmission de ces connaissances auprès des apprenants.

Ces échanges ont permis d’identifier des leviers concrets pour adapter les approches aux réalités locales, tout en s’appuyant sur des principes communs, notamment l’approche multi-barrières.

Des acquis réinvestis dans les pratiques pédagogiques

Au Sénégal, les Instituts Supérieurs d’Enseignement Professionnel (ISEP) constituent des établissements publics d’enseignement supérieur placés sous la tutelle du ministère en charge de l’Enseignement supérieur. Ils ont pour vocation de proposer des formations professionnalisantes, en adéquation avec les besoins du marché du travail, et de favoriser ainsi l’insertion rapide des jeunes dans les secteurs productifs. À ce jour, le pays compte 6 ISEP, parmi lesquels figure celui de Richard-Toll.

C’est dans ce cadre qu’en tant qu’enseignant-formateur, également Responsable du métier Irrigation et gestion de l’eau (IGE), j’ai pris part à la formation REUSE organisée par le Conseil scientifique et technique de l’eau (COSTEA). Cette participation s’inscrit dans une dynamique de renforcement des compétences et d’ouverture aux expériences internationales en matière de gestion durable de l’eau.

De retour au Sénégal, les enseignements tirés de cette formation ont été progressivement valorisés dans les activités pédagogiques de la formation Bac+2 en Irrigation et gestion de l’eau à l’ISEP de Richard-Toll. Certains contenus relatifs à la réutilisation des eaux usées traitées (REUSE) ont ainsi été intégrés dans le module consacré au traitement des eaux, avec pour objectif d’élargir la réflexion des apprenants sur les solutions alternatives face à la raréfaction croissante des ressources hydriques.

Dans le prolongement des échanges tenus à Monastir en Tunisie, des visites de stations d’épuration ont également été organisées. Ces immersions sur le terrain offrent aux étudiants l’opportunité de mieux appréhender les réalités opérationnelles, tout en établissant un lien concret entre les connaissances théoriques et les pratiques observées.

Par ailleurs, ces visites ont favorisé des échanges enrichissants avec le personnel des stations, notamment autour des mesures barrières et des dispositifs de protection nécessaires à la préservation de leur santé dans l’exercice de leurs activités. Ces aspects, largement abordés lors de la formation, prennent ainsi tout leur sens lorsqu’ils sont confrontés aux réalités du terrain.

Ainsi, cette expérience illustre la manière dont une formation internationale peut contribuer, au-delà de l’acquisition de connaissances, à faire évoluer les pratiques pédagogiques et à renforcer la pertinence des dispositifs de formation dans un contexte marqué par les enjeux croissants liés à la gestion durable de l’eau.

Une source d’inspiration pour de nouvelles initiatives

Les discussions menées lors de la formation continuent également d’alimenter les réflexions au sein de l’ISEP de Richard-Toll.

Deux nouvelles formations continues de courte durée (six mois) sont actuellement envisagées, portant sur la gestion durable de l’eau et la conservation des sols. Les acquis issus des échanges sur la REUSE ont été pris en compte dans l’élaboration des référentiels, notamment pour promouvoir une gestion plus intégrée et sécurisée de l’eau.

Une dynamique d’échanges qui se prolonge

L’un des apports majeurs de cette formation reste la dynamique de dialogue instaurée entre les participants. Plusieurs mois après, les contacts sont maintenus grâce à une plateforme d’échange, permettant de partager des expériences et de suivre les initiatives menées dans les différents pays.

Des liens sont notamment conservés avec certains participants du Réseau FAR, en particulier au Tchad et au Maroc. Même si ces échanges restent pour l’instant informels, ils contribuent à nourrir une réflexion commune sur la mise en œuvre et la diffusion des pratiques REUSE.

Des perspectives de démultiplication au Sénégal

À ce jour, il n’existe pas encore de dispositif structuré de démultiplication à l’échelle nationale. Toutefois, plusieurs dynamiques sont en cours.

Dans le même esprit, des discussions sont en cours avec le réseau FARSEN afin de structurer davantage la démultiplication des acquis au Sénégal. L’objectif est de renforcer la diffusion des bonnes pratiques en matière de REUSE et d’accompagner les acteurs de la formation agricole.

Apprendre ensemble pour mieux agir

Cette expérience montre que l’impact d’une formation ne se limite pas à l’acquisition de connaissances. Il se construit dans la durée, à travers les échanges, les adaptations locales et les initiatives qui en découlent.

Dans un contexte marqué par la pression croissante sur les ressources en eau, ces espaces de dialogue apparaissent essentiels. Ils permettent non seulement de partager des expériences, mais aussi de co-construire des solutions adaptées aux réalités des territoires.

Ces dynamiques d’échanges apparaissent essentielles pour faire évoluer les pratiques, aussi bien sur le terrain que dans les dispositifs de formation.

Sidane NDIAYE
Enseignant-formateur à l’ISEP de Richard Toll
Responsable métier Irrigation et gestion de l’eau
sidane.ndiaye@isep-rt.edu.sn