« Cette étude met en évidence que l’accompagnement post-formation n’est pas un coût additionnel, c’est un levier stratégique pour garantir l’efficacité et la durabilité des formations de leaders paysans « . Rijaharilala RAZAFIMANANTSOA a soutenu son mémoire du Master MIFAR en mars 2026. Son étude porte sur le transfert des acquis de la formation et la conception d’un dispositif de suivi-accompagnement post-formation (DSAPF) pour les jeunes leaders paysans du Réseau SOA (Syndicat des Organisations Agricoles) à Madagascar. Il nous partage ses analyses et les points clés de son travail de recherche.
Quelle problématique avez-vous souhaité explorer ?
À Madagascar, le Réseau SOA forme depuis 2015 des élus en poste et des jeunes futurs responsables d’organisations paysannes (OP) à la prise de responsabilité. Ces formations sont reconnues pour leur qualité et leur pertinence. Pourtant, un constat récurrent s’imposait sur le terrain : une fois les sessions terminées, les formés retournaient dans leurs OP sans accompagnement structuré pour les aider à mettre en pratique les compétences acquises.
Plusieurs questions restaient sans réponse : comment garantir que les compétences acquises se traduisent en actions durables au sein des organisations paysannes ? Comment s’assurer que les jeunes formés accèdent réellement aux instances de décision de leurs OP ? Quels sont les freins et les leviers à ce transfert des apprentissages ?
C’est de ces constats qu’est née la question centrale de ma recherche : comment optimiser l’accompagnement post-formation des leaders d’OP à Madagascar pour garantir une mise en pratique effective des acquis et favoriser l’intégration des jeunes dans les instances de gouvernance des organisations paysannes ?
Pour répondre à cette problématique, j’ai analysé le parcours de formation à la prise de responsabilité déployé par le Réseau SOA auprès de trois catégories d’acteurs :
- Les élus en poste formés : responsables d’OP en exercice ayant bénéficié du parcours de formation du Réseau SOA, appelés à renforcer leur leadership et leur capacité de plaidoyer.
- Les jeunes futurs responsables paysans formés : jeunes de moins de 35 ans, inscrits dans une dynamique de préparation à la relève générationnelle au sein des organisations paysannes membres du Réseau SOA.
- Les responsables d’OP non formés (groupe témoin) : dirigeants historiques des OP n’ayant pas bénéficié des sessions de formation, permettant une analyse comparative des effets induits par le parcours.
L’objectif de cette recherche est d’analyser les mécanismes de transfert des apprentissages, d’identifier les facteurs facilitateurs et les contraintes rencontrées, et de proposer un Dispositif de Suivi-Accompagnement Post-Formation (DSAPF) structuré et adapté aux réalités du Réseau SOA afin de consolider l’impact des formations et de préparer durablement la relève générationnelle au sein des Organisations Paysannes à Madagascar.
Pouvez-vous nous partager les principaux résultats de votre analyse ?
Les principaux résultats s’organisent autour de trois axes :
- Des formations pertinentes mais dont les effets s’estompent sans suivi
Les sessions de formation dispensées par le Réseau SOA ont produit des effets tangibles : meilleure participation dans les OP, amélioration de la communication, prise de responsabilité des jeunes. Cependant, plusieurs freins limitent considérablement la mise en pratique des acquis :
- Le manque de ressources financières dans les OP ;
- L’absence d’accompagnement post-formation ;
- Le manque de temps et les opportunités limitées de mise en pratique lors des réunions statutaires ;
- La résistance interne des élus plus âgés face aux changements proposés par les jeunes formés ;
- Les contraintes contextuelles, notamment les calendriers culturaux qui limitent la disponibilité des formés.
- Un « goulot d’étranglement » à l’intégration des jeunes dans la gouvernance
L’étude révèle un décalage significatif : si 100 % des jeunes ont suivi les formations, seulement 68 % accèdent ensuite à des postes de responsabilité dans les instances décisionnelles (CA, Bureau). Ce goulot d’étranglement trouve son origine dans des résistances culturelles (la légitimité reste associée à l’âge et à l’expérience), l’absence de mécanismes formels d’intégration (quotas, commissions dédiées), et un déficit de confiance en soi chez les jeunes malgré les compétences acquises. Un enseignement fort émerge : l’installation professionnelle des jeunes dans des filières agricoles constitue un préalable indispensable à leur engagement dans la gouvernance des OP. Les jeunes installés avec succès bénéficient d’une légitimité auprès de leurs pairs qui facilite leur accès aux responsabilités.
- Des besoins d’accompagnement post formation clairement exprimés
Les formés ont exprimé avec précision leurs attentes en termes d’accompagnement :
- 80 % souhaitent la mise en place d’un réseau d’échange entre pairs (groupes WhatsApp, rencontres trimestrielles) ;
- 65 % demandent un mentorat régulier assuré par des leaders expérimentés ;
- 50 % expriment un besoin d’appui technique ponctuel (montage de dossiers, préparation d’actions de plaidoyer) ;
- Le format « visite sur le terrain » est préféré par 50 % des répondants, suivi des réunions en présentiel (45 %) ;
- Une fréquence trimestrielle est jugée réaliste et équilibrée par la majorité.
Sur la base de ces résultats, mon étude propose la conception d’un Dispositif de Suivi-Accompagnement Post-Formation (DSAPF), structuré en quatre phases temporelles complémentaires. Ce dispositif s’appuie sur des outils concrets comme des fiches de suivi individuel, grilles d’observation, journaux de bord, mentorat par les pairs, visites de terrain.

Comment allez-vous vous approprier ces résultats dans votre pratique ?
Ce travail de recherche s’inscrit directement dans ma pratique professionnelle au sein du Réseau SOA. En tant que responsable impliqué dans le déploiement du parcours de formation des leaders paysans, ces résultats vont orienter concrètement plusieurs chantiers :
- Contribuer à la capitalisation à l’échelle du Réseau FAR : Ce travail de recherche peut alimenter les réflexions d’autres organisations paysannes africaines confrontées aux mêmes défis. La question de la relève générationnelle dans les OP, du transfert des apprentissages et des dispositifs d’accompagnement post-formation est transversale à de nombreux contextes. Je compte partager ces résultats dans les espaces d’échange du Réseau International FAR et contribuer ainsi à enrichir la réflexion collective sur l’ingénierie de la formation agricole et rurale.
- Opérationnaliser le DSAPF : Le dispositif de suivi-accompagnement post-formation proposé dans le mémoire est déjà en cours de mise en place au sein du Réseau SOA. Je vais travailler à son déploiement progressif en mobilisant les leaders expérimentés comme mentors et en structurant les communautés de pratique numériques entre formés. L’enjeu est de faire du DSAPF un pilier corolaire du parcours de formation, et non une action ponctuelle.
- Améliorer le parcours de formation : Les entretiens ont révélé deux modules complémentaires très attendus par les formés et jusqu’ici absents du parcours : un module sur la gestion de partenariats et un module sur les nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC). Ces deux thématiques seront proposées lors de la prochaine révision du parcours de formation du Réseau SOA.
- Plaider pour des réformes de la gouvernance dans les OP : Les résultats confirment que la formation seule ne suffit pas à garantir l’intégration des jeunes dans les instances de décision. Je vais porter auprès des OP membres du Réseau SOA des recommandations concrètes : instauration de quotas progressifs pour les jeunes dans les Conseils d’Administration, mise en place de commissions filières comme espaces de délégation, et formalisation du mentorat intergénérationnel.
L’aventure MIFAR, c’était comment ?
Le MIFAR a été pour moi un véritable tournant : j’y suis entré avec une pratique intuitive de la formation, j’en repars avec une posture d’ingénieur, capable d’analyser, de concevoir et d’évaluer des dispositifs avec rigueur. Ce parcours m’a doté de nouvelles convictions, de nouveaux outils et d’une vision renouvelée de ce que peut être une formation efficace au service du développement agricole et rural à Madagascar. Je suis très heureux et fier d’avoir fait partie de cette troisième promotion.

Rijaharilala RAZAFIMANANTSOA
Diplômé du master MIFAR, 2024 – 2026
rijaharilala@gmail.com
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De la formation à l’action, comment construire un suivi durable pour les jeunes leaders paysans : Cas du Réseau SOA, Madagascar